Un regard critique sur l’huile de palme

palmiers

Saviez-vous que l’huile de palme est l’huile la plus consommée au monde ? On la retrouve dans une pléthore de produits, en passant du savon corporel au Nutella. Malgré l’abondance de ce produit dans notre quotidien, ce dernier fait l’objet d’une très mauvaise presse depuis les dernières années : il serait non seulement mauvais pour la santé en augmentant le risque de maladies cardiovasculaires, mais également mauvais pour la planète en contribuant aux changements climatiques et à l’extinction d’espèces menacées à l’instar des orangs-outans. Cependant, face à ce que j’appellerais la « diabolisation systématique » de l’huile palme, massivement véhiculée par les médias, il serait judicieux d’apporter quelques nuances.

Sur le plan nutritionnel : L’huile de palme BRUTE  vs l’huile de palme RAFFINÉE

L’huile de palme est obtenue en pressant la pulpe de la noix de palme, le fruit d’une variété de palmier qui ne pousse que dans les zones équatoriales, notamment en Afrique, en Malaisie et en Indonésie. La Malaisie et l’Indonésie en sont d’ailleurs les principaux exportateurs, détenant 85% du marché mondial. À l’état pur, elle est une huile d’un rouge-orangé très prononcé dû à sa richesse en caroténoïdes, ce pigment bourré de vitamine A, que l’on retrouve notamment dans les carottes. L’huile de palme est d’ailleurs la source végétale la plus riche en vitamines A qui intervient dans la qualité de la vision, la croissance et l’immunité. Elle est également une source importante de vitamines E et possède des propriétés antioxydantes (Radio Canada, 2016).

La raison pour laquelle elle est si décriée par les professionnels de la santé est sa teneur élevée en acide gras saturés, qui serait associée à des risques accrus de maladies cardiovasculaires (Canal vie, s.d.). Pourtant, l’huile de palme, dans son état brut, contient moins d’acides saturés que le beurre ou même le beurre de cacao! Pour que le discours soit cohérent, ces deux derniers devraient faire l’objet du même discrédit par les accusateurs de l’huile de palme.  Notons qu’une méta-analyse réalisée en 2010 démontre qu’il n’y a pas d’évidence significative permettant de conclure un lien entre les acides gras saturés et un risque cardiovasculaire augmenté (Passeport Santé, 2014). Avec l’ascension de l’alimentation cétogène, les études abondent dans le même sens en établissant que c’est d’avantage le sucre ou son association avec les gras saturés qui a des impacts négatifs sur le système cardiovasculaire, et non les gras saturés eux-mêmes (Le Devoir, 2018).

Depuis les vingt dernières années, les industries alimentaires se sont tournées massivement vers l’huile de palme, en raison de la croissance rapide des palmiers dont elle est issue et de son faible coût de production. C’est d’ailleurs l’huile la moins chère à produire, et elle présente les avantages de bien résister au chauffage et d’être peu sensible à l’oxydation et au rancissement.  Sous sa forme transformée, l’huile de palme subit une hydrogénation et un raffinage qui lui enlèvent son odeur et sa couleur caractéristiques, mais également une bonne partie de ses qualités nutritionnelles. Par ailleurs, lors du raffinage de l’huile de palme se forment des gras trans, reconnus pour augmenter le taux du LDL (« mauvais » cholestérol et diminuer le taux du HDL (« bon » cholestérol ») (Passeport Santé, 2014). Connaissant les dangers des gras trans pour la santé cardiovasculaire, c’est donc de cette huile de palme raffinée dont il faut particulièrement se méfier et qui justifie l’acharnement des médecins et nutritionnistes. La distinction entre les deux  se retrouve cependant souvent occultée par les médias, et l’huile de palme brute est mise dans le même panier que l’huile de palme  hydrogénée et raffinée, créant ainsi l’amalgame.

Sur le plan environnemental : L’importance du mode de culture et de la provenance

La production d’huile de palme a presque triplé de 1995 à nos jours, et on parle de plus de 12 millions d’hectares de terre couverts de palmiers à huile. Pour répondre à la demande croissante, des millions d’hectares de forêts dans le bassin équatorial de la Malaisie et de l’Indonésie ont été détruits. La déforestation qui précède la culture intensive des palmiers à huile s’opère en mettant le feu aux forêts, ce qui accentue les problèmes climatiques de la planète. Ces feux de forêts placent même l’Indonésie au 3e  rang du pays plus grand émetteur de gaz à effets de serre au monde (France Nature Environnement, 2016).

Selon WWF, un million d’hectares de forêts continuent à disparaître chaque année, alors qu’en cette période de changements climatiques, c’est des millions d’arbres que nous devrions planter, et non abattre! Cette déforestation entraîne la disparition massive des différentes espèces animales et végétales en voie d’extinction qui peuplent ces forêts, dont les éléphants, les tigres et les orangs-outans, emblèmes de ce désastre planétaire (WWF, 2013). Certains écologistes parlent de la monoculture de palmiers à huile comme d’un « génocide de la biodiversité ». Comme si ce n’était pas suffisant, palmiers issus de la monoculture intensive sont aspergées de pesticides et d’engrais chimiques dont certains, comme le Paraquat ont été interdits au sein de l’Union européenne depuis 2017. À l’instar du Paraquat, certains de ces pesticides répandus dans les palmeraies sont hautement toxiques et clairement identifiés comme cancérigènes et nuisibles aux systèmes reproducteurs. Ils contaminent ainsi les sols, l’eau et l’air, ce qui affecte la santé des habitants et des animaux environnants.

On peut aussi se demander à quel point l’huile qui résulte de ces palmiers aspergés de pesticides, et qui se retrouve dans près de la moitié des produits vendus dans les supermarchés, a un impact sur notre santé et le cancer qui sévit dans nos populations (France Nature Environnement, 2016).

Sur le plan humain : Des questions éthiques, tant pour les exportateurs que pour les importateurs

Il faut également se questionner sur la monoculture des palmiers à huile sur le plan éthique. Selon un rapport  d’Amnesty International (2016), il ne fait pas bon travailler dans les monocultures de palmiers. On parle de « conditions de travail désastreuses, de travail forcé, de travail des enfants et de pratiques abusives et dangereuses mettant la santé des ouvriers et ouvrières en péril ».

De plus, les peuples locaux voient les forêts et leur agriculture vivrière disparaitre, au profit d’une agriculture d’exportation dont ils ne tirent aucun bénéfice. Il est toutefois important de souligner que toutes les palmeraies ne sont pas sujettes à l’exploitation. Les populations locales se nourrissaient des fruits des palmiers, et ce, bien avant l’exportation massive de l’huile de palme (Le Figaro, 2010).

Traditionnellement, un bon nombre de peuples locaux ont cultivé et continuent de cultiver le palmier à huile dans un total respect pour la nature. Le vin de palme, la noix de palme et l’huile qui en résulte font d’ailleurs partie de leur alimentation quotidienne depuis plus d’un siècle. Devrait-on leur imposer aujourd’hui de changer leur mode d’alimentation, sous prétexte que des industriels occidentaux dévastent des forêts pour satisfaire à la demande mondiale? La question mérite d’être posée.

Huile de palme. Crédit: Antoshananarivo

La certification « durable » : à prendre avec des pinçettes

Suite à la demande mondiale exponentielle de l’huile de palme et au constat écologique alarmant qui en a découlé, les grands producteurs et consommateurs d’huile de palme, en coopération avec WWF, ont créé la Table Ronde pour l’huile de Palme Durable (RSPO : Roundtable on Sustainable Palm Oil), communément appelée certification durable. Bien que cette certification interdise le défrichage des forêts primaires et à haute valeur de conservation ainsi que l’exploitation des ouvriers dans les plantations, celle-ci n’interdit pas le déboisement de la forêt tropicale.

Malgré que la certification garantisse des droits humains qui vont de soi, il n’existe pas suffisamment de mesures de contrôles et de sanctions, si bien que des locaux sont quand même expulsés de leur terre et menacés d’emprisonnement s’ils tentent de s’y opposer. Greenpeace (2018) affirme d’ailleurs à son propos que « cette certification ne peut être durable que si elle se dissocie totalement de la déforestation. La RSPO  doit rehausser ses normes, notamment en matière d’émissions de gaz à effets de serre, et veiller à ce que ses membres les appliquent réellement ». Pour 250 entreprises de protection de l’Environnement, la certification RSPO  a été rejetée et considérée comme une grande escroquerie. Il serait toutefois possible de produire une huile de palme qui ne contribue pas à la déforestation et par conséquent au réchauffement climatique et à la perte de la biodiversité, en appliquant de façon rigoureuse une méthodologie précise appelée « High Carbon Stock » (Greenpeace, 2018).

Un autre regard sur l’huile de palme

Les principaux enjeux liés à la consommation d’huile de palme industrielle sont la déforestation et à l’épandage de pesticides très toxiques qui participent aux changements climatiques et à la perte de la biodiversité. Mais contrairement aux idées reçues, l’huile de palme pourrait être particulièrement intéressante d’un point de vue environnemental,  si on changeait son mode de culture actuel.

En effet, elle possède un taux de croissance très rapide et un rendement à l’hectare très supérieur à celui des autres huiles végétales, c’est-à-dire qu’on a besoin de très peu de surface de terre exploitable pour produire beaucoup. En termes de chiffres, elle représente 40 % de la production mondiale d’huile végétale, et n’occupe que 7% des surfaces cultivées pour ces huiles. Selon France Nature Environnement : « moins de surface pour plus de nourriture, l’huile de palme pourrait donc contribuer à une meilleure préservation de nos ressources naturelles ». Greenpeace (2018) ajoute que sa substitution par une autre huile végétale ne serait également pas sans conséquences sur la forêt et l’environnement, cette question est donc source à réflexion.

Rien n’est jamais tout blanc ou tout noir

En définitive, un consommateur conscientisé et averti se doit d’apporter un regard plus nuancé sur la question de l’huile de palme. Devrait-on systématiquement la boycotter? Pas systématiquement! Comme le rappelle Greenpeace (2018) : « nous ne souhaitons pas éliminer l’huile de palme, nous souhaitons éliminer l’huile de palme qui a engendré la destruction de forêts tropicales et de tourbières ».

Certes, refuser de consommer des produits qui contiennent de l’huile de palme est un bon message à envoyer aux grands industriels aux pratiques peu éthiques et peu écologiques. Rappelons-nous que le pouvoir de changer nous appartient en grande partie à nous, consommateurs. Mais il convient également de se demander d’où provient l’huile de palme que l’on va consommer, car l’huile de palme de l’Afrique n’est pas encore systématiquement liée à la déforestation et à l’exploitation comme c’est principalement le cas pour l’huile provenant de l’Indonésie et de la Malaisie.

Malheureusement, il devient très difficile pour les consommateurs de s’y retrouver,  en plus du fait de ne pas pouvoir réellement se fier à la certification durable. Il devrait être obligatoire pour les entreprises consommatrices d’huile de palme d’identifier avec précision la provenance de l’huile de palme qu’elles achètent, ainsi nous pourrions favoriser uniquement l’achat de produits « zéro déforestation ». Ensuite, sur le plan alimentaire, il convient, pour éviter les gras trans et les pesticides, de privilégier l’huile de palme sous sa forme naturelle plutôt que sous sa forme raffinée, et de préférence certifiée biologique.

Quant aux gras saturés, ils sont effectivement présents en bonne quantité dans l’huile de palme, mais, rappelons-le, le beurre en contient encore davantage. Comme pour toute chose, la modération est donc de mise! Une chose est sure, le combat à l’huile de palme issue de déforestation est réel et nécessite un effort commun. Un changement du modèle agricole actuel est impératif, car c’est ce modèle industriel qui rend la consommation d’huile de palme irresponsable, et non l’huile de palme en elle-même.

Par Andréane Levesque-Kombila, B.Sc. , M.A.

RÉFÉRENCES

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/779415/alimentation-huile-palme-sante-gras-sature

http://www.canalvie.com/recettes/l-huile-de-palme-est-elle-aussi-nocive-qu-on-le-dit-1.2034881

https://www.passeportsante.net/fr/Nutrition/EncyclopedieAliments/Fiche.aspx?doc=huile_de_palme_nu

https://www.fne.asso.fr/dossiers/cest-quoi-le-probl%C3%A8me-avec-lhuile-de-palme%C2%A0-orang-outang-d%C3%A9forestation

https://www.amnesty.fr/responsabilite-des-entreprises/actualites/huile-de-palme-travail-des-enfants-et-travail-force

https://www.greenpeace.fr/greenpeace-huile-de-palme/

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/06/17/20002-20150617ARTFIG00167-de-quoi-l-huile-de-palme-est-elle-coupable.php

http://www.lefigaro.fr/matieres-premieres/2010/05/19/04012-20100519ARTFIG00692-huile-de-palme-le-cauchemar-des-ecologistes.php

http://sante.lefigaro.fr/actualite/2012/11/26/19485-faire-lhuile-palme-poison-nest-pas-justifie

https://www.notre-planete.info/actualites/4077-huile-de-palme-sante

https://www.nationalgeographic.fr/environnement/ce-quil-faut-savoir-sur-lhuile-de-palme

https://www.cirad.fr/publications-ressources/edition/etudes-et-documents/l-huile-de-palme

https://www.fne.asso.fr/actualites/nutella-p%C3%A2te-%C3%A0-tartiner-maison-et-sans-huile-de-palme-test%C3%A9-ador%C3%A9#overlay-context=actualites/nutella-p%25C3%25A2te-%25C3%25A0-tartiner-maison-et-sans-huile-de-palme-test%25C3%25A9-ador%25C3%25A9

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